Ils s’unissent contre les lobbies

Le Matin 06.06.2011 par Simon Koch

Une alliance de jeunes politiciens exige des élus fédéraux qu’ils déclarent les revenus liés à leur mandat politique.

«Espace publicitaire à louer. Promotion élections fédérales, seulement 500 francs par semaine. Placez vos produits intelligemment, achetez un politicien.» Cet étrange slogan orne la page Facebook de Pascal Gloor, le vice-président du Parti pirate. Le candidat bernois au Conseil national serait-il à vendre?

Le message publicitaire se veut ironique, rassure le jeune politicien. «Mais il correspond à une certaine réalité, car notre système politique n’est pas transparent. Aujourd’hui, nombre d’élus défendent les intérêts des lobbies qui leur font des cadeaux plutôt que de servir le peuple qui les a élus. Autant faire tout de suite un Parlement des entreprises», dénonce Pascal Gloor.

Déclarer les revenus
Seul remède: exiger davantage de transparence de la part des parlementaires. Et pour les y contraindre, il faut une initiative populaire. «L’impulsion doit venir des citoyens, car le Parlement a déjà torpillé plusieurs motions allant dans ce sens», explique Lukas Reimann (UDC/SG). C’est lui, le benjamin du Conseil national, 28 ans, qui est à l’origine de l’initiative. La collecte de signatures débute demain. «Trop de parlementaires se font acheter par des voyages, des invitations ou des cadeaux en nature», estime-t-il.

Concrètement, l’initiative demande que les élus fédéraux déclarent le montant et l’origine des revenus accessoires et des cadeaux reçus en lien avec leur mandat politique. Les votes des conseillers aux Etats devraient également être publiés, comme c’est déjà le cas pour le National.

Lukas Reimann a réuni des jeunes politiciens de tous bords autour de son initiative. Mais pour l’heure, à l’exception des Pirates, aucun parti national ne prête main-forte au projet pour la récolte de signatures. «Nous soutiendrons Lukas Reimann au Parlement», assure Christian Levrat, président du PS. Selon lui, régler le lien incestueux entre argent et politique implique avant tout de se pencher sur le financement de partis et des campagnes. «C’est là qu’est le nœud du problème.» Les Verts ne soutiennent pas non plus la collecte, mais leur vice-présidente, la Bernoise Aline Trede, fait partie du comité d’initiative «à titre personnel, explique la candidate au National cet automne. C’est un premier pas intéressant vers plus de transparence.»

Dans le parti de l’économie, on voit d’un moins bon œil cette initiative. «Il est important de connaître les liens d’intérêt, ce qui est le cas, pas de savoir combien cela rapporte», explique Christa Markwalder (PLR/BE). Pour elle, davantage de transparence ne servirait à rien.

Génération transparence
Seules les sections «jeunes» apportent leur soutien. La transparence serait-elle plus en vogue parmi la nouvelle génération de politiciens que dans l’ancienne? Oui, répond en chœur le comité d’initiative. «L’influence des lobbies et de l’argent sur le Parlement est très visible, mais le tabou sur cette question est en train de tomber, estime Aline Trede. Surtout chez les jeunes, qui peuvent avoir l’impression que sans argent, il est inutile de s’engager en politique.»

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